Comprendre la Zakāt
Qui doit payer la Zakāt al-Māl ?
Les conditions de l'obligation
La Zakāt al-Māl n'est pas due par tous les musulmans — elle est conditionnée à la réunion de plusieurs critères précis. Les savants s'accordent sur cinq conditions fondamentales, avec quelques divergences réelles sur des points spécifiques. Cette page présente ces conditions, les preuves coraniques et prophétiques, les avis des savants de Ahl as-Sunnah wa-l-Jamāʿah, et les réponses aux cas pratiques les plus fréquents dans le contexte francophone.
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Êtes-vous assujetti à la Zakāt al-Māl ?
Êtes-vous musulman(e) ?
Votre patrimoine zakātable net dépasse-t-il le niṣāb (≈ valeur de 85 g d'or) ?
Ce patrimoine est-il maintenu depuis plus d'une année lunaire complète (ḥawl) ?
Si vous répondez oui aux trois questions, la Zakāt al-Māl vous est en principe obligatoire. Calculez votre montant exact ci-dessous.
Calculer ma Zakāt →Les cinq conditions de l'obligation (shurūṭ wujūb az-Zakāt)
Les savants classiques et contemporains s'accordent sur ces cinq conditions fondamentales. Certaines font l'objet d'un consensus absolu (ijmāʿ) ; d'autres donnent lieu à des divergences réelles entre les écoles jurisprudentielles, signalées explicitement.
Être musulman(e) — al-Islām الإسْلَام
Unanimité absolueCoran — At-Tawbah (9:103)
خُذْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ صَدَقَةً تُطَهِّرُهُمْ وَتُزَكِّيهِم بِهَا
« Prélève de leurs biens une aumône par laquelle tu les purifies et les élèves. »
Le pronom « leurs » (min amwālihim) désigne les musulmans mentionnés dans le contexte immédiat du verset.
Le non-musulman n'est pas redevable de la Zakāt dans la vie d'ici-bas. Cette condition est unanime dans toutes les écoles — aucune divergence sur ce point.
Posséder le niṣāb — milk an-niṣāb مِلْكُ النِّصَاب
Unanimité — avec divergences sur la déduction des dettesNiṣāb en or
85 g
équivalent de 20 dīnārs
Niṣāb en argent
595 g
équivalent de 200 dirhams
On additionne l'ensemble du patrimoine zakātable net (liquidités, or, argent, placements, stocks commerciaux…) et on compare le total au niṣāb. Ce n'est pas actif par actif — c'est la valeur globale qui est comparée au seuil.
Vérifier la valeur du niṣāb aujourd'hui →Écoulement d'une année lunaire — ḥawl الحَوْل
Unanimité — exception pour les récoltes et les minérauxLe ḥawl est une année lunaire complète (environ 354 jours). Il commence dès que le patrimoine zakātable atteint le niṣāb. Si le patrimoine passe sousle niṣāb en cours d'année, le ḥawl recommence à zéro.
Exception unanime :les récoltes agricoles et les produits miniers (rikāz) ne sont pas soumis au ḥawl — la Zakāt est due à la récolte ou à l'extraction.
Pleine propriété — al-milk at-tāmm المِلْكُ التَّامّ
Unanimité sur le principe — divergences sur les cas limitesPour que la Zakāt soit due, le propriétaire doit réunir deux éléments : la propriété juridique du bien (milk ar-raqabah) et la libre disposition de celui-ci (milk at-taṣarruf). En l'absence de libre disposition effective, l'obligation peut être suspendue ou différée.
| Situation | Zakāt ? |
|---|---|
| Créance sur un débiteur solvable | Oui — annuellement |
| Créance sur un débiteur insolvable | À la récupération |
| Bien volé ou perdu | Non |
| Plan épargne-retraite bloqué (PER, assurance-vie) | Divergence — voir ci-dessous |
Plans épargne-retraite bloqués (PER, assurance-vie en phase d'épargne)
Ces produits illustrent la tension entre milk ar-raqabah (propriété juridique : le titulaire est bien propriétaire) et milk at-taṣarruf(libre disposition : il ne peut pas retirer les fonds avant l'échéance). Trois positions coexistent :
- ·Pas de Zakāt avant déblocage : l'absence de libre disposition suspend l'obligation, comme pour une créance irrécouvrable. La Zakāt sera due à la sortie des fonds.
- ·Zakāt due chaque année :la propriété juridique est entière ; la restriction d'accès temporaire ne fait pas disparaître l'obligation.
- ·Position intermédiaire : acquitter la Zakāt des années écoulées au moment du déblocage, en une seule fois — analogue aux créances finalement recouvrées.
La diversité des produits d'épargne-retraite existants (PER individuel, PER collectif, assurance-vie, PERP, Madelin…) rend difficile toute réponse universelle. Ce cas mérite la consultation d'un érudit qualifié.
Raison et puberté — al-ʿaql wa-l-bulūgh العَقْلُ وَالبُلُوغ
Divergence réelle entre les écolesLa question se pose pour les enfants mineurs et les personnes privées de raison (maǧnūn) qui possèdent un patrimoine zakātable. Deux positions s'affrontent depuis les premiers temps de la jurisprudence islamique.
Position de la majorité : la Zakāt est due sur les biens des mineurs
Les écoles mālikite, shāfiʿite et ḥanbalite estiment que la Zakāt est due sur la richesse d'un enfant mineur ou d'une personne privée de raison. Le tuteur légal (wālī)s'en acquitte en son nom.
Argument central : la Zakāt est un ḥaqq fī l-māl— un droit des pauvres inscrit dans la richesse elle-même, indépendamment de la maturité religieuse du propriétaire. Ce droit n'est pas une obligation personnelle conditionnée au taklīf ; il est attaché au bien, pas à la personne.
Shaykh Ibn Bāz رحمه الله :« La Zakāt est due sur la richesse de l'enfant mineur, et c'est son wālī qui doit s'en acquitter en son nom. » (Majmūʿ Fatāwā Ibn Bāz, vol. 14)
Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله : confirme cette position — la Zakāt est un droit objectif sur la richesse qui s'impose quelle que soit la puberté du propriétaire. (Ash-Sharḥ al-Mumtiʿ, vol. 6)
La Lajnah ad-Dāʾimah : confirme la position de la majorité. (Fatāwā al-Lajnah, vol. 9)
Position ḥanafite : la Zakāt n'est pas due sur les biens des mineurs
L'école ḥanafite considère que la Zakāt est une ibāda (acte d'adoration) conditionnée au taklīf — la responsabilité religieuse qui s'acquiert à la puberté. Les enfants et les personnes privées de raison ne sont pas mukallifūn (religieusement responsables). La Zakāt n'est donc pas due sur leurs biens selon cet avis.
Synthèse des conditions
| Condition | Consensus ? |
|---|---|
| Être musulman(e) | Unanime |
| Posséder le niṣāb | Unanime |
| Écoulement du ḥawl (1 an lunaire) | Unanime |
| Pleine propriété (milk at-tāmm) | Unanime — principe |
| Raison et puberté | Divergence |
Réponse rapide selon votre situation
Ce tableau donne une réponse indicative selon des profils types. Les lignes supposent que le ḥawl est complété, sauf mention contraire. Pour les cas complexes, consultez un érudit.
| Situation | Zakāt obligatoire ? |
|---|---|
| Femme avec patrimoine net supérieur au niṣāb | Oui |
| Homme avec patrimoine net supérieur au niṣāb | Oui |
| Personne âgée avec épargne supérieure au niṣāb | Oui |
| Retraité avec épargne ou placements supérieurs au niṣāb | Oui |
| Salarié dont l'épargne accumulée dépasse le niṣāb | Oui |
| Étudiant avec héritage ou épargne supérieure au niṣāb | Oui |
| Étudiant sans épargne ni patrimoine zakātable | Non |
| Mineur riche — position de la majorité (Ibn Bāz, Ibn al-ʿUthaymīn, Lajnah) | Oui — wālī s'acquitte |
| Mineur riche — position ḥanafite | Non |
| Converti récent avec patrimoine supérieur au niṣāb le jour de la shahāda | Oui — ḥawl débute ce jour |
| Personne endettée : dettes exigibles supérieures au patrimoine zakātable | Non |
| Personne endettée : épargne nette (après dettes courtes) supérieure au niṣāb | Oui |
| Bénéficiaire RSA ou aides sociales sans autre patrimoine | Non |
| Non-musulman | Non |
| Patrimoine zakātable inférieur au niṣāb | Non |
| Ḥawl non complété (patrimoine au niṣāb depuis moins d'un an) | Non |
Les cas pratiques fréquents
Les femmes doivent-elles payer la Zakāt ?
Il n'existe aucune distinction entre hommes et femmes dans l'obligation de la Zakāt. Toute femme possédant un patrimoine zakātable dépassant le niṣāb depuis un ḥawl complet est pleinement assujettie.
Cas particulier : les bijoux portés — divergence entre les quatre écoles
École ḥanafite :
La Zakāt est due sur tous les bijoux en or et en argent, qu'ils soient portés ou non. Argument textuel : les ḥadīths visent la possession de l'or et de l'argent sans distinction d'usage.
Écoles mālikite, shāfiʿite et position dominante ḥanbalite :
Les bijoux portés à usage personnel (ornement licite) sont exemptés de Zakāt. Argument : l'usage comme parure change la nature du bien — il n'est plus un capital accumulé mais un bien de consommation personnelle, similaire aux vêtements ou au mobilier.
Shaykh Ibn Bāz رحمه الله et Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله :
Les deux shaykhs concluent, par précaution (iḥtiyāṭ), que la Zakāt est due sur les bijoux portés. Ils s'appuient notamment sur le ḥadīth des bracelets (Abu Dāwūd, At-Tirmidhī) qui ne distingue pas selon l'usage, et sur le ḥadīth d'ʿĀʾishah rapporté par Abu Dāwūd sur la Zakāt des bijoux. (Majmūʿ Fatāwā Ibn Bāz, vol. 14 ; Ash-Sharḥ al-Mumtiʿ, vol. 6)
Cette divergence est réelle et cette page ne la tranche pas. Par précaution, de nombreux musulmans francophones choisissent d'inclure leurs bijoux dans leur patrimoine zakātable en suivant l'avis d'Ibn Bāz et d'Ibn al-ʿUthaymīn.
Les enfants et les mineurs doivent-ils payer la Zakāt ?
Cette question se pose notamment pour les enfants ayant hérité ou reçu des donations importantes. La condition 5 développe l'argumentaire complet ; voici la synthèse pratique.
Zakāt due. Le tuteur (wālī) s'en acquitte en son nom.
Zakāt non due (absence de taklīf).
En pratique : si votre enfant a reçu un héritage substantiel dépassant le niṣāb, la position recommandée par les savants de référence contemporains est de s'acquitter de la Zakāt en son nom.
Les personnes endettées doivent-elles payer la Zakāt ?
L'endettement n'exempte pas automatiquement de la Zakāt. La réponse dépend du montant de la dette, de son exigibilité immédiate, et du patrimoine net restant après déduction.
Règle générale (position de la majorité — mālikites, ḥanbalites) :
Les dettes exigibles à court terme se déduisent du patrimoine zakātable avant de vérifier si le niṣāb est atteint. Si le patrimoine net (épargne − dettes exigibles) reste supérieur au niṣāb, la Zakāt est due sur ce montant net.
Exemples pratiques :
Exemple 1 — Zakāt due
- Épargne : 20 000 €
- Dettes exigibles à court terme : 5 000 €
- Patrimoine zakātable net : 20 000 − 5 000 = 15 000 €
- Niṣāb (hypothèse) : 8 000 €
- → 15 000 € > niṣāb → Zakāt due sur 15 000 €
Exemple 2 — Zakāt non due
- Épargne : 10 000 €
- Dettes exigibles à court terme : 7 000 €
- Patrimoine zakātable net : 10 000 − 7 000 = 3 000 €
- Niṣāb (hypothèse) : 8 000 €
- → 3 000 € < niṣāb → Zakāt non due
Cas particulier : le crédit immobilier
Le solde total d'un crédit immobilier sur 20 ou 25 ans ne se déduit pas dans son intégralité. Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله précise que seules les dettes exigibles à court terme sont déductibles — pas le capital restant dû sur toute la durée du prêt. La logique est celle du ḥawl : on ne peut déduire que ce qui est effectivement dû maintenant, pas des engagements futurs. (Ash-Sharḥ al-Mumtiʿ, vol. 6)
Exemple — Crédit immobilier :
- Épargne liquide : 30 000 €
- Solde total restant dû sur le crédit immobilier : 150 000 €
- Mensualités exigibles dans les prochains mois : ≈ 1 200 €
- On ne déduit pas 150 000 € — on déduit les mensualités exigibles à court terme.
- Patrimoine net : 30 000 − 1 200 = 28 800 €
- → 28 800 € > niṣāb → Zakāt due sur 28 800 €
Note : la licéité du crédit à intérêt est une question distincte que cette page ne traite pas. Ce raisonnement porte uniquement sur la méthode de calcul de la Zakāt dans le cas où un crédit existe.
Les salariés doivent-ils payer la Zakāt ?
Le salaire mensuel n'est pas zakātable à la réception. C'est l'épargne accumulée qui entre dans le calcul du patrimoine zakātable. Si les économies dépassent le niṣāb depuis un ḥawl complet, la Zakāt est due.
Les retraités doivent-ils payer la Zakāt ?
L'âge ou le statut de retraité n'exempte pas de la Zakāt. Si un retraité possède un patrimoine zakātable (épargne, placements, or…) supérieur au niṣāb depuis un ḥawl complet, la Zakāt est due.
La pension de retraite mensuelle n'est pas zakātable à la réception — seule l'épargne accumulée l'est. Pour les plans épargne-retraite bloqués (PER, assurance-vie en phase d'épargne), voir la condition 4 ci-dessus.
Les étudiants doivent-ils payer la Zakāt ?
Le statut d'étudiant n'a aucune incidence sur l'obligation. Ce qui compte, c'est le patrimoine zakātable :
- ·Étudiant sans épargne ni patrimoine zakātable dépassant le niṣāb → aucune Zakāt due.
- ·Étudiant ayant hérité ou disposant d'une épargne dépassant le niṣāb depuis un ḥawl complet → Zakāt due.
Les convertis : quand commence l'obligation de Zakāt ?
Le ḥawl commence le jour de la shahāda. Aucune Zakāt n'est due rétroactivement sur des richesses accumulées avant l'Islam.
Si le converti possède déjà un patrimoine zakātable dépassant le niṣāb le jour de sa conversion, la Zakāt sera due un an lunaire plus tard — si ce patrimoine est toujours supérieur au niṣāb à cette date anniversaire.
Les bénéficiaires d'aides sociales (RSA, APL…) doivent-ils payer la Zakāt ?
Dans la très grande majorité des cas : la Zakāt n'est pas due. Les aides sociales sont des prestations de subsistance qui ne génèrent généralement pas une épargne atteignant le niṣāb. Sans patrimoine zakātable net supérieur au niṣāb, aucune obligation.
À l'inverse, une personne dans cette situation est souvent elle-même éligible à recevoir la Zakāt au titre des fuqarā' (pauvres) ou masākīn (nécessiteux). La Zakāt est pour elle un droit, pas une obligation.
Voir les 8 catégories de bénéficiaires →Les malentendus les plus fréquents
« Je n'ai pas de revenu mensuel — donc je n'ai pas de Zakāt à payer. »
Faux. Ce n'est pas le revenu mensuel qui détermine l'obligation, c'est le patrimoine zakātable net. Une personne sans revenu mais possédant une épargne ou des actifs dépassant le niṣāb depuis un ḥawl complet est pleinement assujettie.
« J'ai un crédit immobilier — donc je déduis tout et je ne dois pas de Zakāt. »
Faux dans la plupart des cas. Seules les dettes exigibles à court terme sont déductibles, pas la totalité du capital restant sur un prêt sur 20 ans. Si votre épargne nette (après déduction des mensualités courantes) dépasse le niṣāb, la Zakāt est due.
« Je suis à la retraite — donc je suis exempté(e). »
Faux. L'âge et le statut de retraité ne créent aucune exemption. Si vous possédez un patrimoine zakātable supérieur au niṣāb depuis un ḥawl complet, la Zakāt est due quel que soit votre âge ou votre activité.
« Mes bijoux sont à usage personnel — donc ils ne comptent pas. »
Divergence réelle. Les écoles mālikite, shāfiʿite et la position dominante ḥanbalite les exemptent. L'école ḥanafite les inclut. Shaykh Ibn Bāz رحمه الله et Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله concluent qu'ils sont zakātables par précaution. Cette page ne tranche pas — chacun doit suivre l'avis de son école ou d'un érudit de confiance.
Questions fréquentes
- Dois-je payer la Zakāt si je suis endetté ?
- Cela dépend du montant et de la nature de vos dettes. Selon la position de la majorité des savants (mālikites, ḥanbalites, et largement appliqué en pratique), les dettes exigibles à court terme se déduisent du patrimoine zakātable avant de vérifier si le niṣāb est atteint. Si après déduction votre patrimoine net reste supérieur au niṣāb, la Zakāt est due. En revanche, le solde total d'un crédit immobilier sur 20 ans ne se déduit pas dans son intégralité : seule la part exigible à court terme (mensualités en cours) est prise en compte selon Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله (Ash-Sharḥ al-Mumtiʿ, vol. 6).
- Les bijoux en or portés sont-ils soumis à la Zakāt ?
- C'est un point de divergence réelle entre savants. Les écoles mālikite, shāfiʿite et la position dominante ḥanbalite exemptent les bijoux portés à usage personnel. L'école ḥanafite impose la Zakāt sur tous les bijoux en or et argent, portés ou non. Shaykh Ibn Bāz رحمه الله et Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله concluent, par précaution, que la Zakāt est due sur les bijoux portés — en se fondant sur le ḥadīth des deux femmes aux bracelets d'or (Abu Dāwūd n° 1563 ; At-Tirmidhī n° 637). En l'absence de consensus, il est recommandé de se prononcer par précaution (iḥtiyāṭ) ou de consulter un érudit de confiance.
- Un enfant mineur doit-il payer la Zakāt ?
- La majorité des savants (mālikites, shāfiʿites, ḥanbalites) ainsi que Shaykh Ibn Bāz رحمه الله, Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله et la Lajnah ad-Dāʾimah estiment que la Zakāt est due sur la richesse d'un enfant mineur. Le tuteur légal (wālī) s'en acquitte en son nom. L'argument central : la Zakāt est un droit des pauvres sur la richesse elle-même (ḥaqq fī l-māl), pas uniquement une obligation personnelle liée à la maturité religieuse. L'école ḥanafite dispense les mineurs en l'absence de taklīf, mais c'est l'avis minoritaire parmi les savants contemporains de référence.
- Dois-je maintenir le niṣāb pendant toute l'année ?
- Oui. Pour que la Zakāt soit due, votre patrimoine zakātable net doit être supérieur au niṣāb au début du ḥawl et à la fin du ḥawl (année lunaire complète, environ 354 jours). Si votre patrimoine passe sous le niṣāb en cours d'année, le ḥawl recommence à partir du moment où il dépasse à nouveau le niṣāb. Il n'est pas nécessaire que le patrimoine soit exactement au même niveau tout au long de l'année — ce qui compte ce sont les deux extrémités : début et fin du ḥawl.
- Je reçois des aides sociales (RSA, APL) — suis-je assujetti à la Zakāt ?
- Dans la très grande majorité des cas : non. Les aides sociales sont des prestations de subsistance qui ne génèrent généralement pas une épargne atteignant le niṣāb. Si vous ne disposez pas d'un patrimoine zakātable net supérieur au niṣāb, vous n'avez pas de Zakāt à payer. À l'inverse, vous pourriez vous-même être éligible à recevoir la Zakāt au titre des fuqarā' ou masākīn — la Zakāt est pour vous un droit, pas une obligation.
- Je viens de me convertir à l'Islam — quand commence mon obligation de Zakāt ?
- Votre ḥawl (année lunaire) commence le jour de votre shahāda. Aucune Zakāt n'est due rétroactivement sur des richesses accumulées avant votre conversion. Si au jour de votre shahāda vous possédez déjà un patrimoine dépassant le niṣāb, le ḥawl commence immédiatement. La Zakāt sera due un an lunaire plus tard, si votre patrimoine est toujours supérieur au niṣāb à cette date.
- Peut-on déduire le solde d'un crédit immobilier avant de calculer la Zakāt ?
- Non, pas dans son intégralité. Selon Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله, seules les dettes exigibles à court terme sont déductibles — pas la totalité du capital restant dû sur un prêt immobilier sur 20 ou 25 ans. En pratique : si vous avez 30 000 € d'épargne et un crédit immobilier dont il reste 150 000 € à rembourser, vous ne déduisez pas 150 000 €. Vous déduisez uniquement les mensualités dues à court terme. La Zakāt reste donc due si votre épargne nette (après déduction des mensualités courantes) dépasse le niṣāb.
- La Zakāt est-elle due sur un plan épargne-retraite (PER) que je ne peux pas débloquer ?
- Ce cas touche à la notion de milk at-taṣarruf — la liberté de disposition du bien. Certains savants estiment qu'en l'absence de libre disposition, la Zakāt n'est pas due immédiatement. D'autres considèrent qu'elle est due chaque année, car la propriété juridique reste entière. Une position intermédiaire recommande de payer la Zakāt des années écoulées au moment du déblocage, en une seule fois. Ce cas spécifique mérite la consultation d'un érudit qualifié eu égard à la diversité des produits d'épargne existants.
- Suis-je obligé de payer la Zakāt si je suis étudiant sans revenu ?
- Le statut d'étudiant n'a aucune pertinence sur l'obligation en lui-même. Ce qui compte, c'est votre patrimoine zakātable net. Si vous ne possédez aucune épargne ni aucun bien zakātable dépassant le niṣāb, la Zakāt n'est pas due. Si en revanche vous avez reçu un héritage ou disposez d'une épargne dépassant le niṣāb depuis plus d'un an lunaire, la Zakāt est due indépendamment de votre situation professionnelle.
- Les femmes sont-elles exemptées de l'obligation de Zakāt ?
- Non — il n'existe aucune exemption basée sur le sexe. Les femmes et les hommes sont également assujettis à la Zakāt. Si une femme possède un patrimoine zakātable dépassant le niṣāb depuis plus d'un an lunaire, la Zakāt lui est obligatoire. Le ḥadīth rapporté par Abu Dāwūd et At-Tirmidhī montre explicitement le Prophète ﷺ s'adressant à deux femmes portant des bracelets d'or et leur rappelant l'obligation de la Zakāt.
Sources et savants de référence
Textes coraniques et prophétiques
- ·Coran, Sourate At-Tawbah (9), verset 103
- ·Ḥadīth de Muʿādh ibn Jabal — Al-Bukhārī n° 1395 ; Muslim n° 19
- ·Ḥadīth sur le niṣāb — Al-Bukhārī n° 1405 ; Muslim n° 979
- ·Ḥadīth sur le ḥawl — Abu Dāwūd n° 1573 ; Ibn Mājah n° 1792
- ·Ḥadīth sur les bracelets d'or — Abu Dāwūd n° 1563 ; At-Tirmidhī n° 637
- ·Ḥadīth sur les ʿurūḍ at-tijārah (stocks commerciaux) — Abu Dāwūd n° 1562
Ouvrages et fatwas
- ·Shaykh Ibn al-ʿUthaymīn رحمه الله — Ash-Sharḥ al-Mumtiʿ, vol. 6 (Kitāb az-Zakāt)
- ·Majmūʿ Fatāwā Shaykh Ibn Bāz رحمه الله — vol. 14 (conditions, bijoux, mineurs)
- ·Fatāwā al-Lajnah ad-Dāʾimah — vol. 9 (conditions de la Zakāt, biens des mineurs)
- ·Ibn Qudāmah رحمه الله — Al-Mughnī, vol. 2 (détail des conditions et des dettes)
Pour la méthodologie complète et les savants cités sur ce site : voir notre page Sources.
Pour aller plus loin
Le Niṣāb
Vérifiez le seuil d'assujettissement — valeur en or (85 g) et en argent (595 g) aujourd'hui.
Calculateur de Zakāt
Calculez le montant exact de votre Zakāt al-Māl étape par étape.
À qui donner sa Zakāt ?
Les 8 catégories de bénéficiaires définies par le Coran (At-Tawbah : 60).
Comment calculer sa Zakāt
La méthode complète : actifs zakātables, dettes déductibles, taux de 2,5 %.
Avertissement
Cette page est un document informatif fondé sur les avis des savants de Ahl as-Sunnah wa-l-Jamāʿah. Elle ne constitue pas une fatwa et ne se substitue pas à l'avis d'un érudit qualifié. Les divergences réelles entre savants sont signalées explicitement — cette page ne prétend pas les trancher. Pour toute situation complexe (dettes, bijoux, plans épargne-retraite bloqués, biens de mineurs), consultez un imam ou un spécialiste en jurisprudence islamique (fiqh).